vendredi, 20 juin 2008
Seul Dieu peut me retirer le pouvoir
A une semaine du deuxième tour de la présidentielle zimbabwéenne, le président Mugabe a assuré que le MDC, le principal parti d'opposition, "ne sera jamais autorisé à diriger le pays". Les violences politiques s'intensifient.
Une élection libre et démocratique n'est plus qu'une chimère pour le Zimbabwe. "Seul Dieu peut me retirer le pouvoir qu'il m'a donné, pas le Mouvement pour le changement démocratique [MDC, principal parti d'opposition] ni les Britanniques", a lancé vendredi Robert Mugabe, qui dirige d'une main de fer depuis 28 ans le Zimbabwe. Au cours d'une réunion devant des entrepreneurs à Bulawayo, la deuxième ville du pays, le président n'a pas caché son intention de rester au pouvoir quels que soient les résultats du deuxième tour de la présidentielle, qui aura lieu vendredi prochain. "Le MDC ne sera jamais, au grand jamais, autorisé à diriger ce pays", a répété le vieux dirigeant de 84 ans.
Quelle que soit la décision dimanche de l'opposition zimbabwéenne, qui confirmera si elle participera au second tour de l'élection présidentielle, l'issue du scrutin n'aura guère d'importance. "Nous ne laisserons jamais un incident tel qu'une élection menacer notre indépendance, notre souveraineté, tout ce pour quoi nous avons combattu, ce pour quoi nos camarades sont morts, tués au combat", a déclaré franchement Robert Mugabe, qui doit affronter, à nouveau dans les urnes le 27 juin le leader du MDC Morgan Tsvangirai, qui l'avait devancé au premier tour du 29 mars dernier. Le MDC avait également raflé la majorité à la Chambre des députés.
"Le MDC complice de l'ancienne puissance coloniale "
Le plus vieux chef d'Etat africain n'a pas non plus hésité à menacer les élus du MDC alors que les violences et les arrestations de membres de l'opposition se multiplient. " Le MDC ne doit pas nous pousser à reprendre les armes avec leurs promesses d'annulation de notre programme de redistribution des terres", a mis en garde le chef d'Etat sortant, avant de promettre de "s'occuper après l'élection des hommes d'affaires qui participent au complot pour renverser le régime". Celui qui fut le héros de la lutte pour l'indépendance reprenait ainsi un credo de plus en plus affirmé depuis le début de la campagne, selon lequel le MDC est responsable des violences et est le complice de l'ancienne puissance coloniale britannique pour reprendre aux paysans noirs la terre saisie aux fermiers blancs. Ainsi, le président a assuré au quotidien d'Etat The Herald, qu'il resterait au pouvoir tant que l'ensemble des terres du pays ne seront pas aux mains de la majorité noire.
De nombreux partisans du MDC ont été arrêtés et jeudi le numéro 2 de l'opposition Tendai Biti a été inculpé pour subversion, accusation pour laquelle il risque la peine de mort. Le MDC fait également état de militants torturés à mort, 200 disparus, 3.000 hospitalisés et 25.000 déplacés.
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dimanche, 28 octobre 2007
C'est notre maître, car c'est un as!
"Quelques rues du centre de Paris sont égayées par les très belles robes de nos visiteurs marocains. Il y en a de vertes, il y en a de toutes les nuances. Notre Garde républicaine elle-même, si bien casquée, guêtrée et culottée soit-elle, cède, il me semble, à la splendeur diaprée de nos hôtes orientaux. Toute cette couleur dûment reconnue, il n'est pas moins vrai que nous sommes probablement en train de faire une grosse sottise. Cette mosquée en plein Paris ne me dit rien de bon. II n'y a peut-être pas de réveil de l'Islam, auquel cas tout ce que je dis ne tient pas et tout ce que l'on fait se trouve être aussi la plus vaine des choses. Mais, s'il y a un réveil de l'Islam, et je ne crois pas que l'on en puisse douter, un trophée de la foi coranique sur cette colline Sainte-Geneviève où tous les plus grands docteurs de la chrétienté enseignèrent contre l'Islam représente plus qu'une offense à notre passé : une menace pour notre avenir.On pouvait accorder à l'Islam, chez lui, toutes les garanties et tous les respects. Bonaparte pouvait se déchausser dans la mosquée, et le maréchal Lyautey user des plus éloquentes figures pour affirmer la fraternité de tous les croyants : c'étaient choses lointaines, affaires d'Afrique ou d'Asie. Mais en France, du simple point de vue politique, la construction officielle de la mosquée et surtout son inauguration en grande pompe républicaine, exprime quelque chose qui ressemble à une pénétration de notre pays et à sa prise de possession par nos sujets ou nos protégés. Ceux-ci la tiendront immanquablement pour un obscur aveu de faiblesse. Quelqu'un me disait hier :- Qui colonise désormais ? Qui est colonisé ? Eux ou nous ? J'aperçois, de ci de là, tel sourire supérieur. J'entends, je lis telles déclarations sur l'égalité des cultes. On sera sage de ne pas les laisser propager, trop loin d'ici, par des hauts parleurs trop puissants. Nous venons de transgresser les justes bornes de la tolérance, du respect et de l'amitié. Nous venons de commettre le crime d'excès. Fasse le ciel que nous n'ayons pas à le payer avant peu et que les nobles races auxquelles nous avons dû un concours si précieux ne soient jamais grisées par leur sentiment de notre faiblesse."
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mardi, 23 octobre 2007
Harmonies économiques
A Mulhouse la durée probable de la vie était de 28 ans et 2 mois pour un enfant de manufacturier. Elle n'était plus que de 9 ans et 8 mois pour un enfant d'imprimeur d'indiennes et d'1 an et 5 mois pour celui d'un fileur. Le problème de la mortalité se posait en termes de classe.
Dans le monde merveilleux de Frédéric Bastiat, bien conscient d'une réalité qu'il commente, cela donne cette jolie chansonnette:
"Une certaine misère est un mal nécessaire. Elle offre un salutaire spectacle à toute la partie demeurée saine des classes les moins heureuses; elle est faite pour les remplir d'un salutaire effroi; elle les exhorte aux vertus difficiles dont elles ont besoin pour arriver à une condition meilleure".
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dimanche, 07 octobre 2007
Parle, frappe, redresse!
Brutus est le nom de la résistance à la tyrannie. C'est le nom que prend Duplessis-Mornay quand il rédige son pamphlet monarchomaque, les Vindiciae contra tyrannos; c'est celui que prend la société secrète des opposants à la Fédération américaine en 1787 et c'est, bien entendu, celui du "fils" de César qui se rebelle contre le père tyrannique.
Shakespeare met, au moment de la résolution, ces mots admirables dans sa bouche:
Brutus, tu dors. Réveille-toi, et regarde toi!
Rome doit-elle, et caetera? Parle, frappe, redresse.
Brutus, tu dors; réveille-toi!
Souvent j'ai ramassé ce genre d'instigation
Semée sur mon passage.
Rome doit-elle, et caetera? Par quoi je dois compléter:
Rome doit-elle vivre sous la terreur d'un seul homme?
Quoi, Rome?
Mes ancêtres, loin des rues de Rome,
Chassèrent ce Tarquin qu'on appelait roi.
Parle, frappe, redresse. Voilà qu'on me supplie
De parler et frapper? O Rome, je t'en fais la promesse,
Si le redressement doit suivre, tu recevras
Pleine satisfaction de la main de Brutus.
Jules César, Acte II, Sc 1.
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mercredi, 01 août 2007
La Biennale du Chaos

Chaud mois d’août à la Demeure du Chaos, qui prépare sa Biennale du 17 septembre au 31 décembre. Thierry Ehrmann, propriétaire d'une ancienne commanderie templière, est aux manettes de cette entreprise déjantée. L'entrée sera gratuite et les visiteurs seront fortement impliqués. Il leur sera demandé d'avaler une gélule de matière neutre (aucune molécule) pour obtenir un laissez-entrer dans le Chaos. Un tirage numérique et signée d'une petite échographie pratiquée sur la sphère ORL, attestant de l’ingurgitation de la pilule magique, sera offert aux spectateurs-artistes. (It's so bobo).
La Biennale de la Commanderie de Saint-Romain-au-Mont d’Or est calée sur les mêmes dates que la Biennale d'Art Contemporain de Lyon dont Artprice et le Musée l'Organe sont les partenaires officiels. La Biennale " Borderline" (c’est son nom) sera une version psychotique en noir et blanc de la Biennale de Lyon.
Une toile d'acier de 40 m² composée de centaines de diagrammes étranges sur un pan du Bunker donne une carte de la programmation. Une grande partie de la "Borderline Biennia"l se fera dans l'Internet profond (hidden Internet) échappant à toute législation. Quand on sait que l'Internet profond échappe à toutes les forces judiciaires, aux Etats, à la police... à tous les contrôles. Seuls quelques scientifiques mis à l'index de la communauté expérimentent ce véritable trou noir du cyberespace. D'après les concepteurs, les expériences ultimes de l'Internet profond sont des spectres qu'aucune autorité ne peut saisir car elles sont furtives, immatérielles. L'Internet profond est ici chambre funéraire du corps canonique au corps monstrueux, du corps primitif au corps éternel.
On nous signale aussi l'arrivée imminente de camions suisses transportant une pièce monumentale baptisée "A Mental Odyssey" de Mathieu Briand en provenance du MIT de Boston ainsi que des répétitions de chevaux dressés, portant des cavalières nues et bâillonnées et remontant, de nuit, le village en pèlerinage avec des hommes en noir. La Borderline est en marche, rien ne pourra l'arrêter...
Pour en savoir plus:
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samedi, 30 juin 2007
Amours d'animaux
L'extrême dépravation n'est souvent qu'un retour à la candeur première, et des écrivains qui ont fait de la perversité leur carrière en arrivent parfois à nous conter, sous couleur de luxures nouvelles, des histoires dont la fraîcheur était déjà contestable aux temps bibliques. C'est qu'il est fort difficile d'innover en ces imaginations. Le catalogue des plaisirs d'amour est bref, même si on y accueille les déviations de la folie charnelle, – et les anecdotes pathologiques, toujours les mêmes, que l'on trouve en nombre presque égal dans certains écrits scientifiques, dans les pamphlets licencieux du siècle dernier (Voir l'Espion du boulevard du Temple) et dans la littérature aphrodisiaque de toutes les époques. Les ouvrages casuistiques des Jésuites sont, en ce dernier genre, à mettre au premier rang. Sans doute, ils y font preuve d'une suprême connaissance de la bête humaine, mais leur sagacité n'est assez souvent que puérile et ils oublient que la vulgarisation des modes secrets du péché de la chair est beaucoup plus dangereuse que n'est probable leur guérison.
Dirai-je que ces sortes d'ouvrages seraient utilement étudiés par les romanciers érotiques ? C'est assez douteux, car l'imagination même d'un jésuite, comme le P. Sanchez, ou d'un capucin, comme le P. Sinistrari, est assez vite bornée par les possibilités, sinon par les vraisemblances. Pourtant, de tous ces médicastres de la chair en délire, Sinistrari est peut-être le plus curieux. Son petit livre, qui est assez connu, porte ce titre étrange : " De la Démonialité et des animaux incubes et succubes, où l'on prouve qu'il existe sur terre des créatures raisonnables autres que l'homme, ayant comme lui un corps et une âme, naissant et mourant comme lui et capables de salut et de damnation. " Naturellement, Sinistrari ne prouve rien du tout que sa propre crédulité et son goût pour les obscénités pieuses, j'allais dire édifiantes, mais sa théorie de l'incubat et du succubat n'en est pas moins intéressante en son absurdité si logique, – et peut-être vrai, car que savons-nous ? c'est en cet opuscule que plus d'un mage, parmi les plus estimés, puisa sa science de la luxure ésotérique.
En passant, et pour préciser ses définitions, Sinistrari distingue soigneusement la démonialité de la bestialité. Comment ? Il est malaisé de répéter ses arguments, et il faut s'en tenir ici aux expressions de la bulle du pape Alexandre VII, qui déclare que " chacun de ces péchés porte avec lui sa turpitude particulière et distincte. "
Le second de ces péchés, l'abominable bestialité, est un acte qu'on ose à peine évoquer, en sa triste et douloureuse abjection ; cependant, pour un homme primitif, un homme tout près de la nature et qui vit en frère parmi les animaux, il ne doit pas être si abject que cela. L'Histoire, légendaire ou véridique, le montre à l'origine de toutes les civilisations ; les poètes le chantaient, et les nourrices, sans doute, narraient aux petits enfants, pour les endormir, des histoires d'amour où le jeune prince était un taureau blanc qui enlevait sur son dos, à travers les nues, sa belle, la blonde Europe. La mythologie grecque est pleine d'aventures de ce genre que personne n'ignore et qui ne choquent personne, parce qu'elles sont classiques et qu'on nous les apprend dès l'âge le plus tendre, – mais s'il nous prenait envie de réfléchir aux amours de Pasiphaé ?
La distinction absolue que nous faisons, depuis la civilisation, entre l'homme et les animaux, n'a pas toujours existé. Beaucoup de peuplades sauvages se croient issues d'un ancêtre animal et c'est même cette croyance qui explique les noms d'animaux que se donnaient les Peaux-Rouges. En Egypte, le culte des animaux avait une origine analogue ; les bêtes sacrées étaient sacrées, non comme bêtes, mais comme parents de l'homme, comme membres de la famille, et on ne devait pas les manger, parce qu'on ne se mange pas en famille. Tels cannibales, qui n'auraient pas mangé de lièvres, mangeaient fort bien les hommes d'une autre tribu. Règle générale : quand un peuple s'abstient de la viande de telle bête, c'est qu'une tradition, souvent obscure, ou même oubliée, lui donne pour ancêtre cette bête elle-même.
On comprend qu'avec un tel état d'esprit, la fornication ne fût pas rare entre l'homme et les animaux ; elle était peut-être plus fréquente que nous ne pouvons ou que nous ne voulons l'admettre : – et personne ne doit affirmer que des êtres tels que les faunes et les sylvains, et tous les hybrides dont parlent les anciens poètes, n'aient jamais existé. Qui sait ce qu'ont pu produire, pendant des milliers d'années, les amours répétées des bergers et de leur troupeau ? Qui sait ? On avait tant raillé Hérodote pour ses pygmées – et Stanley les a retrouvés.
En somme, des amours qui nous paraissent monstrueuses, à cette heure, furent, à une époque donnée, " toutes naturelles ". Aussi, sachant bien des choses et ayant lu bien des livres, n'irai-je pas me scandaliser d'un roman récemment paru, sous le titre de l'Animale, et où on nous raconte les amours d'une femme et d'un félin. Ce félin étant un chat (mon Dieu, quel homme, quel petit homme ! comme dit la chanson), ces amours sont assez irréelles, et leur sensualisme assez vague. L'auteur, qui est une femme, Rachilde, est sans doute persuadée d'avoir écrit une histoire plutôt pimentée ; je le veux bien, et aussi que l'histoire soit, d'un bout à l'autre, singulièrement malsaine, – mais malsaine et pimentée à la surface seulement. La vraie perversité, comme le vrai sadisme, ne s'acquiert que par un effort d'imagination. L'affreux marquis de Sade se racontait lui-même ; il avait vécu ses " sadismes " avant de les écrire ; il imaginait peu, et le peu qu'il imagina est fort médiocre. Il n'est pathologiquement intéressant que lorsqu'il hurle après la chair et après le sang, sans menteries et sans simagrées. Son livre fameux, la Philosophie dans le boudoir (que d'aucuns croient, sur son titre, une œuvre de galante perversité), est un manuel d'érotisme à la fois effroyable et dégoûtant, mais on y sent vraiment toutes les violences et toutes les audaces charnelles d'un exceptionnel mâle, d'un être tellement organisé pour la sensualité qu'il a probablement été un monstre unique en son genre.
Je ne demande à personne d'être le marquis de Sade. Il y en eut assez d'un. Je demanderais plus volontiers aux romanciers qui n'ont ni sensualisme ni perversité naturelles, d'écrire selon leur tempérament : leurs œuvres seraient sans doute moins alléchantes, mais ce qu'elles perdraient en odeur, elles le gagneraient en saveur. Je veux dire qu'elles séduiraient plus profondément ; et puis, quand on a du talent, la vraie perversité, c'est d'être soi-même, en toute sincérité.
Mais l'auteur de l'Animale est un pur imaginatif, et, après tout, c'est peut-être un des meilleurs compliments qu'on puisse lui faire.
Un dernier mot : ce roman aurait beaucoup plu au capucin Sinistrari.
REMY DE GOURMONT.
Promenade littéraire du 25 05 1893 (Promenades littéraires 6).
http://www.remydegourmont.org/de_rg/autres_ecrits/revues/...
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samedi, 09 juin 2007
Le banquier mélancolique
Édouard Stern était déjà, pour ceux qui le connaissaient, une énigme avant sa mort. Les circonstances de cette dernière ne font qu'épaissir cette énigme, tout en élargissant le cercle de ceux qui s'interrogent à son sujet. Nous sommes face à Édouard Stern comme devant un roman de Dostoïevski; nous observons, de l'extérieur, des comportements extrêmes et, en apparence, arbitraires et nous nous interrogeons avec une pointe d'inquiétude: cela nous concerne-t-il ?
Une telle interrogation court le risque de se voir frappée du reproche de voyeurisme. A ceci on peut répondre qu'Edouard Stern était un homme public, même s'il était fort discret. Au niveau où il évoluait, les motivation, la psychologie et même les sentiments d'un homme ont de tels impacts qu'il est légitime que tout un chacun s'y intéresse. Mais surtout il paraît nécessaire de mieux comprendre l'histoire de cette vie car elle constitue une occasion rare de voir à l'oeuvre certaines des forces parmi les plus puissantes qui façonnent notre existence. Cette tragédie n'est pas, comme on pourrait s'y attendre, celle d'un homme détruit par l'influence d'un milieu délétère. C'est, au contraire, celle d'un individu qui a ruiné sa carrière en tentant de la soumettre sans ménagement à des obsessions et des chimères toutes personnelles mais dont nous sentons bien qu'elles ne sont pas complètement absentes de notre propre psychisme. Édouard Stern ne sera pas mort en vain si sa vie peut contribuer à nous apprendre quelque chose sur nous-même.
Biographie d'Edouard Stern
En quelques lignes, la vie d'Edouard Stern peut se résumer ainsi. Héritier d'une dynastie bancaire aussi ancienne (mais moins illustre) que les Rotschild, le jeune Édouard est conforme, dès son enfance, au qualificatif d'enfant terrible qui lui sera appliqué par la suite. Très choyé par sa mère, il est turbulent, change souvent d'école. Étudiant, il abandonne Sciences Po. en fin de première année, puis intègre l'Essec, tout en multipliant les marques " d'indépendance " : vacances à moto en Asie du Sud-Est, logement dans un studio d'une tour du XIIIe arrondissement " pour fuir l'atmosphère étouffante des beaux quartiers ". Encore étudiant à l'Essec, il accomplit son premier coup d'éclat. Ayant convaincu deux de ses oncles de l'aider, il chasse son père de son poste de dirigeant de la banque familiale, alors en difficultés, et prend sa place. Au cours des années 80, il déploie, à la tête de la banque Stern, une intense activité de banquier d'affaire et d'opérateur de marchés, sous la houlette de mentors de premier plan: Claude-Pierre BROSSOLETTE, Philippe JAFFRE, Jean PEYRLEVADE, Alain MINC, Lindsay OWEN-JONES. Second coup d'éclat, il parvient, à la fin des années 80 à revendre la banque Stern " à deux reprises " (une première fois la structure historique et, la seconde, une nouvelle affaire portant également le nom de Stern, dont il avait conservé la propriété). La famille Stern atteint ainsi le 38e rang dans le classement des plus grosses fortunes françaises. En 1984, Édouard Stern épouse Béatrice David-Weill, ce qui le positionne comme un successeur possible de son père Michel David-Weill, dirigeant de la banque Lazard. En 1994, après le départ de Jean-Marie Messier pour la Générale des Eaux, cette position est confirmée: il entre au conseil d'administration de Lazard. Il semble alors que cet homme ambitieux et encore jeune, déjà entouré d'une réputation solidement établie de charme et de brutalité en affaires, ait atteint son objectif: occuper une position de premier plan dans la finance française et l'establishment parisien. Mais son style abrasif, sa précipitation peut-être, provoquent trop de conflits. En 1997 il quitte Lazard et se brouille avec Michel David-Weill qui dira : " je l'ai traité comme mon fils, il m'a traité comme son père ". Il s'installe alors à Genève. Ses activités professionnelles sont celles d'un investisseur menant des raids financiers pour le compte d'un hedge-fund (fond d'investissement spéculatif) qu'il gère, ou pour le sien propre. On lui prête des relations avec les milieux d'affaires russes, notamment à travers le général Lebed. Sa vie privée, suite à son divorce avec Béatrice David-Weill, se partage entre ses relations, la chasse, dont il est grand amateur, et une vie sexuelle apparemment de plus en plus troublée. Il meurt le 28 février 2005, de trois balles tirées par une jeune femme de 36 ans, Cécile Brossard, sa maîtresse depuis plusieurs années. La personnalité de celle-ci, peut-être call-girl de luxe occasionnelle ou organisatrice, sous le nom de " maîtresse Alice ", de parties sado-masochistes, ainsi que la tenue (une combinaison en Latex) et la pose du cadavre jettent une lumière, encore incertaine mais peu douteuse dans ses grandes lignes, sur une face jusqu'alors inconnue de la personnalité d'Edouard Stern. Placé ainsi en forme de conclusion, cet aspect ne fait que nous la rendre plus incompréhensible encore.
Le procès de Cécile Brossard, prévu en 2007, et son accompagnement médiatique devraient apporter un certain nombre de détails supplémentaires à ce tableau. Il est cependant peu probable que le mystère que représente cette vie en soit pour autant éclairci.
René Girard et le Désir Mimétique
Mais il existe peut-être un moyen de comprendre Édouard Stern. René Girard, auteur controversé de nombreux textes sur la violence, le sacré et les mythes, récemment entré à l'académie Française, a publié en 1961 un premier livre intitulé Mensonge Romantique et Vérité Romanesque, dans lequel il met son érudition de critique littéraire au service d'une vision originale du sens de l'oeuvre romanesque. Le désir, ce sentiment qui s'exprime dans l'amour, mais aussi dans l'ambition, ne serait pas toujours spontané mais parfois imité. L'objet de la création romanesque serait de nous révéler l'existence de ce désir mimétique, que le courant romantique (adjectif au sens très large chez Girard) s'obstinerait à nous masquer pour entretenir l'illusion de l'individu souverain, uniquement animé de désirs spontanés, si chère à notre époque.
L'argumentation de René Girard, dans Mensonge Romantique et Vérité Romanesque, s'appuie sur l'analyse de quatre grandes oeuvres; celles de Cervantès, Stendhal, Proust et Dostoïevski, rangées dans cet ordre presque chronologique. Chez les deux premiers, Girard discerne la naissance du désir mimétique dans des épisodes comme la déclaration de Don Quichotte à Sancho Pansa, sur le rôle de modèle qu'Amadis de Gaule doit avoir pour tout vrai chevalier, ou la rivalité entre les personnages de M. de Rênal et de M. Valenod, dans le Rouge et le Noir, pour s'attacher les services de Julien Sorel comme précepteur de leurs enfants, ou encore la ruse, suggérée à Julien par le dandy Korassoff, consistant à feindre de l'amour pour la Maréchale de Fervacques afin de conquérir celui de Mathilde de la Môle. Dans chacun de ses cas, Girard affirme que l'on ne peut comprendre le désir du personnage pour son objet si l'on ne fait pas intervenir un troisième personnage, que Girard appelle le Médiateur, et qui désigne au sujet l'objet de son désir. Pour Girard il y a toujours, dans ce type de situation, une figure triangulaire dont les sommets sont occupés, respectivement, par le sujet, le médiateur et l'objet. Le sujet ne désire l'objet que parce que le médiateur le lui désigne en paraissant (peut importe que cela soit le cas ou non) le désirer lui même. Girard résume cette idée de la façon suivante, en prenant le cas de Cervantès pour exemple:
Don Quichotte a renoncé, en faveur d'Amadis, à la prérogative fondamentale de l'individu: il ne choisit plus les objets de son désir, c'est Amadis qui doit choisir pour lui. Le disciple se précipite vers les objets que lui désigne, ou semble lui désigner, le modèle de toute chevalerie. Nous appellerons ce modèle le médiateur du désir. L'existence chevaleresque est l'imitation d'Amadis.
Girard introduit ensuite la distinction entre médiation interne et externe, pour désigner deux types de relations entre le sujet désirant et son médiateur. Dans la première, les deux protagonistes sont séparés par une distance (spatiale, historique ou sociale) suffisamment grande pour ne pouvoir être franchie. C'est le cas de Don Quichotte vis-à-vis d'Amadis, de Sancho Pança vis-à-vis de Don Quichotte, de Julien Sorel vis-à-vis de Napoléon ou de Mathilde de la Mole vis-à-vis de son ancêtre Maximilien. Dans ce cas, le rôle du médiateur est ouvertement admis, hautement revendiqué même, le plus souvent, par le sujet. Les conséquences du désir mimétique peuvent être comiques et restent généralement anodines. Dans la médiation interne, en revanche, la distance entre médiateur et sujet s'est réduite (cas de la rivalité Rênal / Valenod ou Marêchale de Fervacques / Mathilde de la Mole). Curieusement, l'effet de ce rapprochement est, en quelque sorte, un passage dans la clandestinité. Plus le médiateur est proche plus le sujet proclame avec force son indépendance, en affirmant la spontanéité de son désir, et nie le rôle du médiateur. Dans le même temps, le désir se fait plus douloureux et s'accompagne de sentiments pénibles: " envie, jalousie et haine impuissante ", selon la formule célèbre de Stendhal. Girard explique ce paradoxe de la façon suivante:
L'élan vers l'objet est au fond élan vers le médiateur; dans la médiation interne, cet élan est brisé par le médiateur lui-même puisque ce médiateur désire, ou peut-être possède, cet objet. Le disciple, fasciné par son modèle, voit forcément dans l'obstacle mécanique que ce dernier lui oppose la preuve d'une volonté perverse à son égard. Loin de se déclarer vassal fidèle, ce disciple ne songe qu'à répudier les liens de la médiation. Ces liens sont pourtant plus solides que jamais car l'hostilité apparente du médiateur, loin d'amoindrir le prestige de ce dernier, ne peut guère que l'accroître. Le sujet est persuadé que son modèle s'estime trop supérieur à lui pour l'accepter comme disciple. Le sujet éprouve donc pour ce modèle un sentiment déchirant formé par l'union de ces deux contraires que sont la vénération la plus soumise et la rancune la plus intense. C'est là le sentiment que nous appelons haine.
Selon René Girard, l'oeuvre romanesque trouve sa spécificité, et sa raison d'être, dans la révélation de la nature mimétiques de certains désirs. Pris dans son ensemble, le genre romanesque permet de discerner la dynamique de cette forme de désir, à mesure que la distance entre médiateur et sujet se réduit. Cervantès et Stendhal seraient ainsi les romanciers des stades initiaux de cette évolution (Cervantès pour la médiation externe et Stendhal pour le passage de celle-ci à la médiation interne) alors que Proust et Dostoïevski seraient (dans cet ordre) principalement ceux des stades plus avancés. Cette progression est tout sauf un progrès. Plus le médiateur se rapproche, plus la vie du sujet désirant se fait douloureuse et misérable, à mesure même que l'objet du désir se fait plus insignifiant. Le désir du snob proustien " de se faire recevoir " n'est pas moins intense que celui de Don Quichotte pour le plat à barbe / casque de Mambrin. Au contraire, il emplit progressivement toute la vie du personnage (le Narrateur ou Swann, par exemple) pour prendre les dimensions d'une obsession. Parallèlement, la déception devient aussi plus grande, lorsque le désir est satisfait. Lorsque l'on est reçu, on fait l'expérience de " cette déception que l'on appelle jouissance ".
Chez Dostoïevski, on atteint les stades finaux de la maladie désirante. Le médiateur est si proche qu'il peut s'incarner en n'importe quel personnage de rencontre à qui l'on disputera les objets les plus dépourvus d'intérêt. Le résultat est la passion destructrice et apparemment incompréhensible qui anime les personnages de Dostoïevski. Possédé par le désir de s'approprier l'essence de l'autre, qui est, selon Girard, la véritable nature du désir mimétique, constamment confronté à la déception ou à la frustration, le sujet désirant en est réduit aux solutions les plus extrêmes, folie, suicide, crime:
Chez Dostoïevski la haine, trop intense, finit par " éclater ", révélant sa double nature, ou plutôt le double rôle de modèle et d'obstacle joué par le médiateur. Cette haine qui adore, cette vénération qui traîne dans la boue et même dans le sang, c'est la forme paroxystique du conflit engendré par la médiation interne. Le héros dostoïevskien révèle à tout instant, par des gestes et des paroles, une vérité qui reste le secret de la conscience chez les romanciers antérieurs. Les sentiments " contradictoires " sont si violents que le héros n'est plus capable de les maîtriser. Ce stade final de la médiation interne condamne le sujet à développer une véritable relation d'esclavage vis-à-vis de son médiateur, comme l'ensemble des personnages des Possédés qui finissent tous, à un moment ou à un autre, par tomber sous la coupe du glacial et hautain Stavroguine. L'univers romanesque se peuple ainsi de maîtres et d'esclaves. Mais aucun maître ne saurait le rester éternellement; le désir mimétique finit toujours par lui désigner un objet derrière lequel se cache un autre maître, transformant le sujet désirant à son tour en esclave. (MRVR CH. I)
Vision girardienne du Sado-Masochisme
Au chapitre VIII de Mensonge Romantique et Vérité Romanesque, René Girard aborde un thème que le reste de l'ouvrage ne laissait pas nécessairement pressentir; celui du sado-masochisme. Pour lui, il s'agit là d'une des étapes ultimes du désir selon l'autre, c'est à dire de l'une des fins possibles pour un personnage que possède ce type de désir:
Mille expériences successives ont appris au maître que les objets sont sans valeur pour lui s'ils se laissent posséder. Le maître ne va donc plus s'intéresser qu'aux objets dont un médiateur implacable lui interdira la possession. Le maître recherche l'obstacle insurmontable et il est bien rare qu'il ne parvienne pas à le trouver. Le masochiste — car c'est lui que nous venons de définir — n'est d'abord qu'un maître blasé. C'est un homme qu'un perpétuel succès, autrement dit une perpétuelle déception, conduit à souhaiter son propre échec; seul cet échec peut lui révéler une divinité authentique, un médiateur invulnérable à ses propres entreprises. Le désir métaphysique conduit toujours, nous le savons, à l'esclavage, à l'échec et à la honte. Que ces conséquences se fassent trop attendre et le sujet lui-même, dans sa bizarre logique, s'efforcera de hâter leur venue. Le masochiste précipite le cours de son destin et rassemble en un seul moment les phases jusqu'ici séparées du processus métaphysique. Dans le désir " ordinaire ", c'était l'imitation qui engendrait l'obstacle; c'est maintenant l'obstacle qui engendre l'imitation. MRVR CH. VIII
Ce passage pourrait avoir été écrit pour décrire le cas de Stern. Rappelons la situation de ce dernier en 1994. Son étoile est à son zénith et son entrée au conseil d'administration de la banque Lazard, comme héritier présomptif de Michel David-Weill, est comme la consécration du " perpétuel succès " qu'il a rencontré à la tête de la banque Stern. En réponse à cette marque insigne de reconnaissance, on pourrait s'attendre à ce que son comportement s'apaise et que sa vie prenne un tour plus serein. N'est-il pas, à 39 ans, assuré de succéder à son beau-père à la tête d'une des plus belles affaires de la finance française ? Ses objectif – redorer le blason familial et se voir ouvrir les portes des cercles les plus exclusifs de l'establishment parisien - ne sont-ils pas en passe d'être atteints ?
Pourtant, ce que l'on observe est le contraire d'un apaisement. De nombreux témoignages sur cette époque de sa vie s'accordent à souligner une agressivité et une impatience plus grandes que jamais. Au lieu de faire sa cour aux Associés-Gérants dont il vient de rejoindre le cercle très fermé et dont la plupart sont beaucoup plus âgés que lui, il ne perd acune occasion de les provoquer. Conséquence prévisible, les conflits se multiplient jusqu'à provoquer son départ en 1997. Face à la difficulté d'expliquer un comportement si incompréhensible à première vue, la solution suggérée par le texte de Girard est tentante: Édouard Stern serait arrivé au stade du " maître blasé " qui en vient " à souhaiter son propre échec ".
Pour étayer cette hypothèse, le texte de Girard contient de nombreuses indications que l'on pourrait développer en les rapprochant d'informations plus détaillées sur la vie de Stern à cette époque charnière. L'une d'entre elles concerne le sado-masochisme proprement sexuel qui nous est révélé par les circonstances de sa mort:
A côté du masochisme existentiel que nous venons de décrire, on trouve aussi un masochisme et un sadisme purement sexuels qui jouent un rôle considérable dans les oeuvres de Proust et de Dostoïevski. [...] Dostoïevski et Proust reconnaissent le caractère imitatif du sadisme. Après le banquet où il s'est avili, où il s'est humilié, où il s'est cru torturé par de médiocres bourreaux, l'homme du souterrain torture très réellement la malheureuse prostituée qui tombe entre ses mains. Il imite ce qu'il croit être, à son égard, la conduite de la bande à Zverkov [...] L'ordre de succession des épisodes, dans Le Sous-sol, n'est pas indifférent. Le banquet vient d'abord, les scènes avec la prostituée viennent ensuite. Les aspects existentiels de la structure masochiste-sadiste précédent ses aspects sexuels. MRVR CH. VIII
Nous observons la même succession chez Stern. Entre 1994 et 1997 il saborde sa propre carrière chez Lazard avec une sorte de rage qui correspond bien à ce que Girard nomme " masochisme existentiel ". Ceci fait, il s'isole en Suisse, et l'on découvre que sa vie privée est consacrée, pour une part croissante, au " monde de la nuit " et à des jeux sexuels qu'il pratique habillé d'une combinaison en Latex, sous la supervision de Cécile Brossard, alias " Maîtresse Alice " ? Dans le cas de Stern, le sado-masochisme sexuel succède aussi à sa variante " existentielle ".
Autres pistes
Nous venons de décrire brièvement l'une des pistes possibles pour tenter le décryptage de la vie d'Edouard Stern à la lumière des concepts girardiens. Il y en a beaucoup d'autres, que nous nous contenterons d'énumérer ci-dessous.
- Édouard Stern est décrit assez unanimement pas ses proches comme un homme profondément malheureux (C.F. §6 de la revue de presse), et qui l'a toujours été. Or le secret malheur du sujet désirant est un thème récurrent de l'analyse de Girard; perpétuellement déçu ou tenaillé par la frustration, l'homme en proie à la médiation interne est d'autant plus malheureux qu'il ne peut s'en ouvrir à autrui, sous peine de révéler la misérable condition dont il se croit ainsi (comble de malheur) seul affecté. Par ailleurs le thème de la " conscience malheureuse " suggère à Girard un parallèle avec Hegel:
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Les deux thèmes de La Phénoménologie de l'esprit qui retiennent particulièrement les lecteurs contemporains sont la " conscience malheureuse " et la " dialectique du maître et de l'esclave ". Nous sentons tous confusément que seule une synthèse de ces deux thèmes fascinants pourrait éclairer nos problèmes; c'est précisément cette synthèse originale, impossible chez Hegel, que la dialectique romanesque nous permet d'entrevoir. Le héros de la médiation interne est une conscience malheureuse qui revit la lutte primordiale en dehors de toute menace physique et qui joue sa liberté dans le moindre de ses désirs.MRVR CH. IV
- Cette dernière remarque semble suggérer un parallèle avec le caractère joueur (mais détestant perdre) de Stern, ainsi que la frénésie qu'il montre à s'approcher toujours plus près des limites, pour les tester (C.F. §8 de la revue de presse).
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- Certaines anecdotes rapportées au sujet de Stern font nettement penser à des scènes de romans de Dostoïevski (comme la scène de la goutte de sang, C.F. §8 de la revue de presse).
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- L'enfance de Stern à des caractéristiques nettement proustiennes par son cadre, la relation avec sa mère et le caractère sensible de l'enfant.
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- Les relations de Stern avec ses mentors font penser au passage de la médiation externe à la médiation interne (" il s'entoure de fortes personnalités, qui souvent le dominent ", C.F. §11. de la revue de presse).
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- Dialectique " maître / esclave " et désir mimétique réciproque (C.F. passage de Girard sur la " coquette ") entre Cécile Brossard et Édouard Stern (C.F. §5. de la revue de presse.)
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- " Romantisme " de Cécile Brossard et de son éducation (C.F. §3 et 4 de la revue de presse).
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- Manipulation de Cécile Brossard par Édouard Stern à rapprocher du " sado-masochisme existentiel " décrit par Girard (C.F. §1 de la revue de presse).
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- Volonté de Stern de s'intégrer à des cercles toujours plus fermés de l'establishment parisien. A rapprocher du snobisme proustien.
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- Tendresse et délicatesse secrète de Stern (pour sa famille, certains de ses amis, sa demi-soeur). A rapprocher du passage suivant:
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Mlle Vinteuil s'efforce d'imiter les " méchants " : sa profanation du souvenir paternel est une mimique à la fois grossière et naïve: "Une sadique comme elle, est l'artiste du mal, ce qu'une créature entièrement mauvaise ne pourrait être, car le mal ne lui serait pas extérieur, il lui semblerait tout naturel, ne se distinguerait même pas d'elle... c'est dans la peau des méchants que [ces artistes)... tâchent d'entrer... de façon à avoir eu un moment d'illusion de s'être évadés de leur âme scrupuleuse et tendre, dans le monde inhumain du plaisir." [citation de Proust par Girard]. Citation de M. Proust dans MRVR CH. VIII
- Le traitement réservé à son père par Édouard Stern semble dénoter un complexe d'Oedipe de belles dimensions. René Girard propose sa propre interprétation de cette tarte à la crème psychanalytique (RG. rejette celle-ci dans le camp du " romantisme ").
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Conclusion
Que pouvons-nous retirer de cette étude girardienne de la vie d'Edouard Stern ? Quel bénéfice en espérons-nous ? A la question initiale de savoir si tout cela nous concerne, nous pouvons répondre par l'affirmative. L'un des grands mérites de l'oeuvre de René Girard est de nous amener à nous poser des questions sur nous-même sous un angle auquel nous ne somme pas habitués. Le fait que sa réflexion soit d'origine et d'inspiration chrétienne n'enlève rien à la force de ses intuitions même pour ceux, dont je suis, qui ne partagent pas sa foi.
Comme c'est souvent le cas pour les grands faits divers, l'affaire Stern permet de soulever, pour un instant, le voile qui recouvre habituellement ce dont on ne peut parler qu'en privé. En regardant Stern avec les yeux de Girard, il devient clair qu'il ne s'agit pas d'un cas isolé. Il y a parmi nous bien des Stern et nous sommes tous un peu Stern.
Mais cela ne doit pas nous faire oublier qu'Edouard Stern est aussi le produit d'une culture et d'un milieu social déterminé. Alors que les entreprises françaises peinent à trouver leur place dans le nouvel ordre économique mondialisé et que l'on se demande comment trouver des dirigeants au profil adéquat pour présider à leurs destinées, le cas Stern peut peut-être nous aider à comprendre certaines des causes de ce malaise. Pendant que Stern était occupé à se détruire, l'entreprise qu'il avait failli diriger, la banque Lazard, symbole et pinacle du capitalisme français, s'était engagée elle-même dans une trajectoire assez semblable. N'étant pas parvenu à trouver un successeur fiable après les départs de J.M. Messier et de Stern lui-même, Michel David-Weill, après de longues années de luttes intestines, d'occasions manquées et de départs massifs de cadres talentueux, a dû se résoudre à faire entrer un loup américain dans la bergerie française, en la personne de Bruce Wasserstein. Aux dernières nouvelles, Lazard semble promise, après une introduction en bourse qui coupera définitivement le lien avec ses actionnaires historiques, à un avenir sans gloire de banque d'affaire de second rang. Un beau gâchis. Est-il aventureux de mettre cette triste histoire sur le compte de la médiation interne ? Je pense que certains associés-gérants pourraient souscrire à une telle interprétation même s'il le font, à n'en pas douter, dans la discrétion.
http://www.8344a.net/pmwiki.php?n=Main.EdouardStern
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samedi, 04 novembre 2006
Justice et amour
Dominique de Villepin a déclaré au Nouvel Observateur (2 novembre) que Jean-Marie Le Pen "n'aura pas" les 500 parrainages nécessaires pour se présenter à l'élection présidentielle de 2007. Un cas de figure qui, selon Hervé Novelli, le chef de file des parlementaires libéraux de l'UMP, provoquerait "un véritable séisme". "Si Jean-Marie Le Pen réunit 20 % comme les sondages le créditent, il faut qu'il puisse s'exprimer au premier tour de l'élection présidentielle", a-t-il déclaré sur La Chaîne parlementaire vendredi 3 novembre. Si le président du FN "ne pouvait pas se présenter, cela montrerait que notre démocratie est bien malade", a-t-il ajouté. En 2002, Jean-Marie Le Pen avait failli ne pas pouvoir se présenter par manque de signatures. Il y était parvenu grâce à une mobilisation de l'appareil du parti les derniers jours.
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lundi, 19 juin 2006
Entre l'Apocalypse et Disneyland: la Chambre forte du Jugement dernier
Une "arche de Noé" végétale va être construite sur un archipel de l'Arctique
Le Monde, 19 juin 2006
Le premier ministre norvégien, Jens Stoltenberg, a lancé, lundi 19 juin, sur un archipel isolé de l'Arctique – le Svalbard –, la construction d'un entrepôt destiné à assurer la survie des principales semences de la planète en cas de catastrophes naturelles ou nucléaires. Protégée par une porte blindée et des murs en béton armé d'un mètre d'épaisseur, la future "chambre forte" construite dans une montagne de l'archipel pourra stocker trois millions d'échantillons de semences afin de garantir la survie à long terme des cultures vivrières fondamentales.
CONSERVATION DE TRÈS LONGUE DURÉE
"Cette structure fournira des moyens pratiques pour réimplanter des cultures détruites par des catastrophes de premier ordre", a expliqué Cary Fowler, le chef du Fonds fiduciaire mondial pour la diversité des cultures, une organisation internationale indépendante impliquée dans le projet. Au nombre des menaces, M. Fowler a cité "une guerre nucléaire (...) les catastrophes naturelles, les accidents, les erreurs de gestion" qui risqueraient d'éradiquer des espèces végétales essentielles. Entourés par le permafrost (sol gelé en permanence) et par la roche, les échantillons, tels que le blé ou la pomme de terre, seront maintenus à une température de - 18 °C, ce qui garantira leur conservation pendant des centaines, voire des milliers d'années. M. Stoltenberg a symboliquement déposé un tube rempli de semences et de pierres à l'endroit même où la galerie sera percée, sous la protection d'un policier armé prêt à éloigner d'éventuels ours polaires, relativement nombreux dans ces contrées que seuls mille kilomètres séparent du pôle Nord.
"ARCHE DE NOÉ"
Qualifiée d'"arche de Noé" par le gouvernement norvégien ou encore de "chambre forte du jugement dernier" par ses concepteurs, la banque génétique devrait ouvrir en septembre 2007. "L'entrepôt a une importance internationale. Ce sera le seul en son genre car toutes les autres banques génétiques sont de nature commerciale", a déclaré M. Stoltenberg, en présence de ses homologues des pays nordiques.
Si la Norvège, qui a financé la totalité des 3 millions de dollars (2,37 millions d'euros) nécessaires à la construction, sera chargée de la gestion de la chambre forte, les semences entreposées resteront la propriété de leur pays d'origine. "Nous souhaitons tous préserver la diversité biologique de l'agriculture, surtout celle des cultures vivrières qui sont essentielles à l'alimentation", a souligné le ministre de l'agriculture norvégien Terje Riis-Johansen. "Je pense que de nombreux pays utiliseront cette chambre forte afin de se prémunir contre les maladies végétales et les autres menaces", a-t-il ajouté.
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mercredi, 29 mars 2006
Du crépuscule à l'aube: synthèse d'une vision du monde
Jamais, depuis la chute de l’Empire romain, l’Europe n’avait vécu une situation aussi dramatique. Elle affronte la plus grande menace de son histoire et elle ne le sait pas, ou plutôt refuse de le voir.
Les Européens sont envahis, occupés et colonisés par les peuples du Sud et par l’islam de manière rapide et massive. Ils sont aussi, et de leur seule faute, assujettis à l’emprise des Etats-Unis qui leur mènent une impitoyable guerre économique.. Sans oublier l’effondrement démographique: non-renouvellement des générations et vieillissement généralisé. Ils sont émasculés par les idéologies décadentistes et nihilistes, parées d’un optimisme factice, en proie à une régression de la culture et de l’éducation, au primitivisme et au matérialisme. L’Europe est l’homme malade du monde. Et les classes politiques comme les élites intellectuelles sont les collaboratrices de ce suicide ethnique. La thèse que je défens est qu’il ne s’agit pas d’une "immigration" mais d’une colonisation et d’une invasion qui sont en train de modifier le fond biologique et ethno-culturel de l’Europe; mais aussi qu’il ne faut pas céder au désespoir, que les combats ne font que commencer, que les peuples de même origine doivent s’unir.
1. LA DESTRUCTION DU SOCLE ETHNO-BIOLOGIQUE
Le bilan démographique de l’invasion allogène de la France et de l’Europe est terrifiant. Un démographe reconnaissait dans un livre récent, "la France Africaine" que, si rien ne change, en 2040, plus de 50% de la population sera noire ou arabe. Déjà, en France et en Belgique, 25% des collégiens ne sont pas d’origine européenne, et plus de 30% des nourrissons. Actuellement en France, sur 61 millions d’habitants, on compte largement plus de 10 millions de personnes d’origine extra-européenne, en croissance constante, avec une natalité bien supérieure à celle des autochtones. Chaque année, 100.000 non-Européens sont naturalisés Français et 300.000 allogènes, dont une majorité de clandestins, pénètrent en France dont les frontières ne sont plus protégées. La situation est la même dans toute l’Europe et ces faits annoncent peut-être la fin d’une civilisation commune. Evidemment, les classes dirigeantes font semblant de ne rien voir.
Mathématiquement, d’ailleurs, la race blanche décline dans le monde entier, y compris aux USA. On dit que la supériorité technologique y palliera, je n’y crois pas: il n’y a de richesses que d’hommes. Une civilisation est d’abord fondée sur ce que les Romains appelaient le "germen", c’est-à-dire le socle ethno-biologique, les racines de l’arbre qui alimentent la culture et la civilisation.
Cette invasion ethnique massive fut, en France et en Europe, volontairement provoquée à partir des années 60 par le laxisme des politiciens de gauche et de droite, pollués par les idées trotskistes et marxistes, par la cupidité d’un patronat avide de main d’œuvre bon marché, par l’influence des intellectuels juifs qui exigeaient une "société multiraciale", par l’impératif de la religion des droits de l’homme dont les racines relèvent d’une laïcisation de la morale chrétienne.
Ces "collaborateurs de l’invasion", en France et en Europe, on instauré une véritable préférence étrangère au détriment des citoyens autochtones: les immigrés clandestins ne sont que très peu expulsés, ils bénéficient d’innombrables avantages sociaux et privilèges de toute sorte; du fait de l’"impératif antiraciste", ils sont souvent impunis et protégés par des lois discriminatoires, bien que leur présence ait fait exploser la criminalité dans des proportions colossales (+ 1.000% en cinquante ans).
Nous sommes envahis autant par les maternités qu’à travers les frontières poreuses. L’immigration, alliée au déclin démographique, sera aussi pour l’Europe occidentale un désastre économique. Le coût de cette immigration a été évalué à 180 milliards de dollars par an pour la France, en cumulant le prix de l’insécurité et des innombrables aides sociales versées aux migrants, même illégaux. Cela fonctionne comme une pompe aspirante. Il est plus intéressant d’être un clandestin chômeur et allocataire en Europe que de travailler dans le tiers monde. Les cadres et les créateurs s’expatrient, notamment aux USA, remplacés par des populations non-qualifiées venues d’Afrique, qui sont des bouches à nourrir et non pas des bras et des cerveaux.
Ces faits, ajoutés au vieillissement de la population signifie qu’au XXIe siècle, l’économie européenne risque de se "tiers-mondiser" et de sombrer dans une inéluctable dépression.
2. LA 3e OFFENSIVE HISTORIQUE DE L’ISLAM
A ce phénomène de colonisation ethnique massive, vient s’ajouter le fait que l’islam prend la tête de l’offensive. Depuis 1.300 ans, avec opiniâtreté, cette religion-idéologie, totalitaire et agressive, vise l’invasion de l’Europe. Nous subissons sa troisième offensive historique, qui s’étend aujourd’hui de Gibraltar à l’Indonésie. La première fut arrêtée à Poitiers, en France, par Charles Martel, en 732; la seconde en 1684 sous les murs de Vienne assiégée par les Ottomans; la troisième se déroule aujourd’hui. L’islam a une longue mémoire et son objectif est l’instauration sur toute notre continent de ce que Khomeiny appelait le "Califat universel".
L’invasion de l’Europe a commencé et les chiffres sont alarmants. Le continent, Russie comprise, compte près de 55 millions de musulmans, en progression de 6% par an. En France, on dénombre déjà 6 millions de mahométans. Comme en Belgique et en Grande-Bretagne, ils exigent d’être associés au pouvoir politique. Le gouvernement français a tort de ne pas prendre au sérieux l’objectif de transformer le pays en une "république islamique" après 2020, lorsque le poids démographique des Arabo-musulmans sera devenu déterminant. L’État finance la construction de mosquées pour acheter la paix sociale; on en dénombre déjà plus de 2000, soit le double du Maroc. L’islam est la deuxième religion de France devant le catholicisme et la première pratiquée. Jacques Chirac avait déclaré, il est vrai: "la France est maintenant une puissance musulmane".
Partout en Occident s’est installée la croyance stupide qu’il existerait une différence de nature entre l’islam et l’"islamisme" et qu’un islam "laïc" et occidentalisé, ou modéré, serait possible. Il n’en est rien. Tout musulman est un moudjahid en puissance; l’islam est une théocratie qui confond le spirituel et le temporel, la foi avec la loi et qui veut imposer partout la Charia, dont tous les préceptes sont inconciliables avec ceux de notre civilisation.
Les États musulmans qui coopèrent avec les USA dans leur "lutte antiterroriste" sont parfaitement hypocrites, en particulier l’Arabie et le Pakistan. Quand l’islam est encore faible, il pratique l’impératif coranique de ruse et de dissimulation mais le djihad, la guerre de conquête, est le devoir suprême. Le terrorisme, ainsi que l’invasion de l’intérieur par l’immigration, sont implicitement recommandés dans le Coran.
3. LES DÉBUTS DE LA GUERRE CIVILE ETHNIQUE EN EUROPE.
La criminalité et la délinquance en Europe occidentale, dont les causes sont à la fois l’immigration de masse et l’effondrement des valeurs civiques, ont atteint des niveaux insupportables. En France, en 2004, plus de 100.000 voitures ont été incendiées et 80 policiers tués. Toutes les semaines, des émeutes raciales éclatent dans les banlieues: dans les écoles publiques, la violence devient endémique et le niveau scolaire s’effondre dans les classes "multi-nationales". Dans la jeunesse de moins de 20 ans, on compte 20% d’illétrés. Les agressions contre les Blancs se multiplient, mais pourtant elles sont niées au non de la vulgate antiraciste selon laquelle seuls les Européens de souche peuvent être racistes. Dans le même temps, un arsenal répressif s’est mis en place dans plusieurs pays, digne du communisme soviétique, qui nous fait progressivement sortir de l’État de droit et entrer dans un droit idéologique et subjectif. Dans la pratique, toute critique de l’immigration et de l’islam est prohibée. J’ai moi-même multiplié les procès et été condamné à une énorme amende pour un de mes livres "La colonisation de l’Europe".
Une guerre civile ethnique est à prévoir dans plusieurs pays de l’Union européenne, guerre intestine, beaucoup plus grave que le "terrorisme". Car un remplacement de population, une sorte de génocide est en cours avec la complicité ou l’aveuglement des classes dirigeantes, politiques et médiatiques, dont l’idéologie est dominée par la haine de l’identité ethnique de leurs propres peuples et la passion morbide de l’impératif de métissage..
L’État français échoue totalement dans son utopie d’"intégration dans la République", parce qu’il s’imagine qu’une coexistence pacifique est possible sur un territoire entre allogènes et autochtones. Ils n’ont pas lu Aristote, qui pensait que dans n’importe quelle Cité, l’harmonie et la démocratie ne sont possibles que s’il existe une homogénéité et une connivence ethniques, une parenté culturelle, notion qu’il appelait la "philia" ou "amitié naturelle". Les société européennes sombrent aujourd’hui dans un chaos ethnique ingérable.
Par exemple, moi qui suis natif du sud-ouest de la France, sur les rives de l’Atlantique et qui ne parle pas un traître mot de russe, je me sens infiniment plus proche d’un Russe que d’un Arabe ou d’un Africain francophones même citoyens français.
4. CRISE MORALE ET ARCHEOFUTURISME.
Cette situation s’explique, presque cliniquement, par une sorte de "sida mental". Les malheurs qui nous arrivent sont provoqués par le virus d’un nihilisme intérieur, que Nietzsche avait déjà perçu, un effondrement des défenses vitales. Les Européens sont entrés dans un processus de suicide de leur propre lignée. Ils ouvrent volontairement les portes de leurs cités.
Le premier symptôme est la "xénophilie", ou préférence systématique pour l’étranger, pour l’"Autre" plutôt que pour le proche. Le second est l’ "ethnomasochisme", c’est-à-dire la honte et la haine de sa propre civilisation et de ses origines. Le troisième est la "dévirilisation", autrement dit le culte de la faiblesse, du repentir mais aussi de la préférence donnée maintenant à l’homosexualité masculine. Les valeurs évidentes qui font la force et conditionnent la survie de tous les peuples dans l’histoire sont aujourd’hui considérées en Occident comme des tares ridicules: honneur, fidélité, famille, fécondité démographique (natalisme,) fierté de sa civilisation, patriotisme, volonté de survie dans l’histoire, etc. Mais cette décadence est aussi le fait d’une laïcisation des principes de charité universelle du christianisme et de son postulat central d’égalitarisme individuel, à travers l’idéologie des droits de l’homme.
Les Européens doivent peut-être s’inspirer de certaines valeurs qui ont encore cours en Russie, d’après ce que l’on m’a dit: par exemple la conscience explicite d’appartenir à une civilisation supérieure et l’affirmation d’un "droit à la distance". Il faut rompre avec l’"ethnopluralisme", qui est une forme d’égalitartisme, revendiquer l’"ethnocentrisme" et le droit de vivre chez soi sans l’"Autre". Il faut déculpabiliser le "chacun chez soi". D’ailleurs, seuls les Occidentaux croient aux vertus du métissage et voient le monde futur comme un melting-pot. Seule la naïve Europe croit au cosmopolitisme. Le XXIe siècle sera dominé par le renforcement, surtout dans le Sud et en Orient, de grands blocs ethno-religieux homogènes. La "fin de l’histoire" de Francis Fukuyama n’aura pas lieu. C’est à une accélération de l’histoire que nous allons assister, dans une ambiance de "choc des civilisations". Et puis, les Européens doivent rompre avec le "présentisme" dans lequel ils ont sombré et s’envisager de nouveau ( à l’image de l’Islam ou de la Chine, ou de l’Inde) comme des "peuples long-vivants" porteurs d’avenir. Ils ne pourront opérer cette révolution mentale qu’à l’occasion d’une crise géante, d’un choc violent, qui se produira probablement et don je parlerai plus loin.
Les temps à venir seront, comme je l’ai expliqué dans un livre au titre éponyme, "archéofuturistes", c’est-à-dire que se fermera la parenthèse empoisonnée et anti-vitale de la modernité. Nous allons assister au ressurgissement de valeurs archaïques vitales, et ne s’en sortiront que les peuples qui sauront associer à la technoscience futuriste le retour des traditions et de l’ordre sociobiologique. Pour les Européens, dont les Russes évidemment, les valeurs archéofuturistes sont à la fois faustiennes et ancestrales, à l’image de l’arbre dont les racines poussent sous le sol, tandis que le tronc et le feuillage montent vers le ciel.
5. LE NOUVEL IMPERIALISME AMERICAIN.
Les Européens doivent aussi affronter ce que j’ai appelé dans un de mes derniers livres "le nouvel impérialisme américain", beaucoup plus dur que celui de la guerre froide, mais aussi plus maladroit. Depuis la chute de l’URSS, les gouvernants américains ont choisi la démesure, l’"ubris", visant de manière fantasmatique une domination mondiale, par une sorte de simulacre de nouvel empire romain. Tout cela s‘explique par l’idéologie des néo-conservateurs, très liés aux lobbies sioniste, mais animés d’un messianisme de "mission divine" qui touche à la pathologie.
Quels sont les buts de ce Nouvel impérialisme américain? Encercler et neutraliser la Russie, empêcher toute alliance forte entre cette dernière et une grande Europe (cauchemar du Pentagone); ôter toute substance au rival européen en faisant entrer l’islam en son sein (par exemple la Turquie que les Américains parrainent), en assujetissant complètement les pays d’Europe centrale et orientale de l’ancien empire soviétique, en menant une guerre économique impitoyable à l’Union européenne à laquelle cette dernière n’ose même pas répondre.
La croisade américaine pour imposer partout la "démocratie", notamment à la périphérie de la Russie, est limpide. "Démocratie" signifie "régime pro-américain".
Mais nous ne devons pas nous plaindre de ce jeu américain, conforme à un désir géostratégique et thalassocratique de dominer le continent. Dans l’histoire, chacun est responsable de son sort.
C’est pourquoi je me suis toujours opposé à ce que j’ai appelé l’"anti-américanisme obsessionnel et hystérique" très présent en France, mais contre-productif, victimaire et déresponsabilisant. Il faut distinguer l’"adversaire principal" de l’"ennemi principal". Le premier cherche à dominer et affaiblir, le second à tuer. N’oublions pas la formule de Carl Schmitt: "ce n’est pas seulement toi qui choisis et désigne ton ennemi, c’est surtout lui qui te désigne". L’Amérique et surtout ses dirigeants sont l’"adversaire principal" pour l’Europe et la Russie sur les plans géostratégique, économique et culturel. L’"ennemi principal", ce sont les peuples du Sud qui, le plus souvent sous la bannière de l’islam, procèdent à l’invasion du Continent, sans oublier leurs complices, tous les collaborateurs de la classe politique et de l’intelligentsia qui leur ouvrent les portes, évidemment à la plus grande satisfaction de Washington, qui souhaite une Europe métissée et sans identité.
Les atlantistes comme les anti-Américains passionnels surestiment pourtant les USA sans comprendre qu’ils ne sont forts que de notre faiblesse. Leur catastrophique – et contre-productive – occupation du petit Irak, où ils n’apportent que le chaos, est là pour le démontrer. Au XXIe siècle, les USA ne seront plus la première puissance mondiale. Ce sera la Chine ou, si nous le voulons, ce que j’appelle plus loin l’"Eurosibérie", c’est-à-dire l’alliance unitaire entre l’Europe péninsulaire et la Russie.
LA CONVERGENCE DES CATASTROPHES.
J’ai émis l’hypothèse que la civilisation mondiale actuelle, fondée sur des "croyances aux miracles" et le mythe du développement indéfini, risquait de s’effondrer au milieu du XXIe siècle. Il existe pour la première fois dans l’histoire de l’humanité des "lignes dramaturgiques", des menaces de crise géante qui convergent à l’horizon de 2010-2020 et qui peuvent provoquer un point de rupture: dégradation de l’écosystème et bouleversements climatiques; épuisement des énergies fossiles (pétrole) et des ressources agricoles ou halieutiques, fragilisation d’une économie mondialisée spéculative et endettée; retour des épidémies; montée des nationalismes, des terrorismes et prolifération nucléaire; aggravation de l’offensive mondiale de l’Islam; vieillissement dramatique des populations des pays riches, qui conjugué à l’immigration de masse, peut se traduire par une récession économique sans précédent.
Il faut nous préparer à cette catastrophe géante, qui sera le passage d’une ère à une autre, qui balaiera la "modernité" et qui verra peut-être s’installer pour un temps un Nouveau Moyen Age. Cette catastrophe pourrait être l’occasion d’une renaissance car, dans l’histoire, toute régénération d’une civilisation passe par le chaos, surtout quand cette civilisation est, comme la nôtre, "métamorphique".
EUROSIBERIE
L’Europe future ne peut pas être envisagée sous la forme molle et ingouvernable de l’Union européenne actuelle, qui est une méduse sans pouvoir souverain, aux frontières ouvertes, dominée par le dogme libre-échangiste, soumise à la volonté américaine et à l’Otan. Il faut penser à une future Grande Europe impériale et fédérale, ethniquement homogène (c’est-à-dire "européenne"), fondée sur de grandes régions autonomes et, surtout, indéfectiblement alliée à la Russie. Cet énorme bloc continental, je l’ai nommé "Eurosibérie". Ce hérisson géant, qui ne serait nullement offensif mais simplement inattaquable, serait de loin la première puissance mondiale ( le monde à venir sera celui des grands blocs) et surtout il devrait être "autocentré" et rompre avec les dogmes très dangereux de la mondialisation. Il aurait parfaitement les moyens de pratiquer l’"autarcie des grands espaces" dont, avec le Prix Nobel français d’économie, Maurice Allais, j’ai développé les principes. Le destin de l’Europe péninsulaire ne peut être séparé de celui de l’immense Russie pour des raisons ethnoculturelles et géopolitiques. Bien entendu, empêcher la naissance d’une telle Eurosibérie est un impératif vital pour la thalassocratie marchande américaine qui (en contradiction avec sa lutte affichée contre le terrorisme islamique) encourage cyniquement l’islam à s’implanter en Union européenne et en Russie.
Je n’ai pas parlé ici de l’État d’Israël. Un mot cependant: pour des raisons démographiques, je crois que l’utopie sioniste fondée par Hertzl et Buber et réalisée depuis 1949 ne vivra pas plus longtemps que l’utopie communiste et qu’à terme, l’État hébreu est condamné. Je prépare actuellement un essai sur "La nouvelle question juive" et j’espère qu’il sera traduit en russe.
CONCLUSION
Il ne faut jamais être fataliste. L’histoire est toujours ouverte et présente souvent des caprices et des retournements inattendus. N’oublions pas la formule de Guillaume d’Orange: "là où il y a une volonté, il y a un chemin". Pour l’instant, nous sommes dans une phase de résistance et de préparation à des événements très graves qui s’annoncent, par exemple la conjonction de guerres ethniques et d’une récession économique géante. Il faut donc dès maintenant penser à l’après-chaos et s’organiser en conséquence. Pour finir, voici le mot d’ordre que je diffuse souvent: "de la résistance à la reconquête, de la reconquête à la renaissance"
Guillaume Faye, Moscou, 17.05.2005
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