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mercredi, 31 octobre 2007
La gauche éternelle
A une demande de Henri Naquet de préfacer son ouvrage sur les Etats-Unis d'Europe, Gambetta faisait cette réponse définitive:
"D'abord vous savez que ce n'est guère mon affaire d'écrire, et ensuite - ceci est plus grave - je ne suis pas d'accord avec vous sur la donnée fondamentale de votre livre au moins telle qu'elle m'apparaît. Je n'ai jamais été adhérent de cette décevante et vague théorie des républicains en des Etats-Unis d'Europe que vous semblez disposé à reprendre. après les sévères et rudes leçons des derniers événements, je repousse absolument cette théorie comme fatale à la régénération de la France, comme fausse en histoire générale, comme dangereuse pour la démocratie et la liberté du monde. C'est avec ces hochets qu'on amuse les peuples, c'est en les berçant de ces illusions que les despotes les endorment; c'est avec ces funestes erreurs que les publicistes du césarisme les énervent, les émasculent et les livrent ensuite à la domination de souverains absolus".
22:10 Publié dans Polémique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
dimanche, 28 octobre 2007
C'est notre maître, car c'est un as!
"Quelques rues du centre de Paris sont égayées par les très belles robes de nos visiteurs marocains. Il y en a de vertes, il y en a de toutes les nuances. Notre Garde républicaine elle-même, si bien casquée, guêtrée et culottée soit-elle, cède, il me semble, à la splendeur diaprée de nos hôtes orientaux. Toute cette couleur dûment reconnue, il n'est pas moins vrai que nous sommes probablement en train de faire une grosse sottise. Cette mosquée en plein Paris ne me dit rien de bon. II n'y a peut-être pas de réveil de l'Islam, auquel cas tout ce que je dis ne tient pas et tout ce que l'on fait se trouve être aussi la plus vaine des choses. Mais, s'il y a un réveil de l'Islam, et je ne crois pas que l'on en puisse douter, un trophée de la foi coranique sur cette colline Sainte-Geneviève où tous les plus grands docteurs de la chrétienté enseignèrent contre l'Islam représente plus qu'une offense à notre passé : une menace pour notre avenir.On pouvait accorder à l'Islam, chez lui, toutes les garanties et tous les respects. Bonaparte pouvait se déchausser dans la mosquée, et le maréchal Lyautey user des plus éloquentes figures pour affirmer la fraternité de tous les croyants : c'étaient choses lointaines, affaires d'Afrique ou d'Asie. Mais en France, du simple point de vue politique, la construction officielle de la mosquée et surtout son inauguration en grande pompe républicaine, exprime quelque chose qui ressemble à une pénétration de notre pays et à sa prise de possession par nos sujets ou nos protégés. Ceux-ci la tiendront immanquablement pour un obscur aveu de faiblesse. Quelqu'un me disait hier :- Qui colonise désormais ? Qui est colonisé ? Eux ou nous ? J'aperçois, de ci de là, tel sourire supérieur. J'entends, je lis telles déclarations sur l'égalité des cultes. On sera sage de ne pas les laisser propager, trop loin d'ici, par des hauts parleurs trop puissants. Nous venons de transgresser les justes bornes de la tolérance, du respect et de l'amitié. Nous venons de commettre le crime d'excès. Fasse le ciel que nous n'ayons pas à le payer avant peu et que les nobles races auxquelles nous avons dû un concours si précieux ne soient jamais grisées par leur sentiment de notre faiblesse."
10:55 Publié dans Les nuits de Walpurgis | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
mardi, 23 octobre 2007
Pavane
- Belle qui tiens ma vie
- Captive dans tes yeux
- Qui m'as l'âme ravie
- D'un souris gracieux
- Viens tôt me secourir
- Ou me faudra mourir.
- Pourquoi fuis-tu mignarde
- Si je suis près de toi
- Quand tes yeux je regarde
- Je me perds dedans moi
- Car tes perfections
- Changent mes actions.
- *
- Tes beautés et ta grâce
- Et tes divins propos
- Ont échauffé la glace
- Qui me gelait les os
- Et ont rempli mon cœur
- D'une amoureuse ardeur.
- *
- Mon âme voulait être
- Libre de passions
- Mais amour s'est fait maître
- De mes affections
- Et a mis sous sa loi
- Et mon cœur et ma foi.
- *
- Approche donc ma belle
- Approche-toi mon bien
- Ne me sois plus rebelle
- Puisque mon cœur est tien
- Pour mon mal apaiser
- Donne-moi un baiser.
- *
- Je meurs mon angelette
- Je meurs en te baisant
- Ta bouche tant doucette
- Va mon bien ravissant
- A ce coup mes esprits
- Sont tous d'amour épris.
- *
- Plutôt on verra l'onde
- Contre mont reculer
- Et plutôt l'œil du monde
- Cessera de brûler
- Que l'amour qui m'époint
- Décroisse d'un seul point.
13:30 Publié dans romance | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
Harmonies économiques
A Mulhouse la durée probable de la vie était de 28 ans et 2 mois pour un enfant de manufacturier. Elle n'était plus que de 9 ans et 8 mois pour un enfant d'imprimeur d'indiennes et d'1 an et 5 mois pour celui d'un fileur. Le problème de la mortalité se posait en termes de classe.
Dans le monde merveilleux de Frédéric Bastiat, bien conscient d'une réalité qu'il commente, cela donne cette jolie chansonnette:
"Une certaine misère est un mal nécessaire. Elle offre un salutaire spectacle à toute la partie demeurée saine des classes les moins heureuses; elle est faite pour les remplir d'un salutaire effroi; elle les exhorte aux vertus difficiles dont elles ont besoin pour arriver à une condition meilleure".
11:25 Publié dans Les nuits de Walpurgis | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
dimanche, 21 octobre 2007
Camille Mauclair
D'une précocité intellectuelle comparable, pour la date, à celle de Maurice Barrès, homme des lentes avenues, ou à celle de Charles Morice, homme des méandres et des labyrinthes, M. Mauclair est l'homme des déductions et des prolongements. Tempérament fin et à longues fibres, souple à la façon des ployantes cimes des pins, il s'incline sous les vents du large et accepte leur direction avec une fière simplicité. Selon une autre image, on le verrait, berger des idées, surveiller la croissance et la toison des brebis, les mener paître aux pâturages gras, les rassembler par des cris vers la douce étable ; il les aime ; c'est sa vocation.
On l'a représenté tel qu'un disciple de M. Barrès ; il le fut aussi de M. Mallarmé, de M. Maeterlinck, de plusieurs modes d'art, de plusieurs philosophies, de toutes les manières nouvelles de vivre et de penser. Nul plus que lui n'a passionnément cherché la fleur qui ne se cueille pas, celle qu'on regarde, celle dont on emporte pour toujours le parfum dans les yeux : s'il chante le rêve ou s'il conseille l'énergie, c'est que, au cours de sa promenade fiévreuse, il a rencontré les iris bleus de l'étang vert ou deux taureaux aux cornes entrelacées. Tout entier à sa dernière rencontre, c'est sur elle qu'il reporte toutes ses dilections anciennes, au risque de dérouter ceux qui, sans avoir oublié celle de la veille, écoutent la confidence de l'heure présente. En cela un peu féminin, il se donne sincèrement à des passions successives dont le sourire lui dérobe le reste du monde et il se couche aux pieds de l'idole qu'il renversera demain.
Je crois bien que cette variété de gestes dans une même attitude est caractéristique de tous ceux qui ont le bonheur d'être inquiets, c'est-à-dire d'avoir des sens tellement délicats que le moindre bruit les émeut, ou la moindre odeur, ou la moindre lueur. La certitude a sa beauté ; l'inquiétude n'est pas laide. Elle est le signe d'une intelligence particulière, celle de l'abeille quêteuse, en opposition à celle de l'abeille maçonne.
M. Mauclair est supérieurement intelligent. Il n'y a pas d'idées qu'il ne puisse comprendre et s'assimiler aussitôt ; il les revêt immédiatement avec une élégance suprême ; elles semblent toutes mesurées à sa taille : il y a là un sortilège singulier ; on dirait qu'il possède, comme la marraine de Cendrillon, le don de transformer les choses en objets immédiatement utilisables ; il a touché à tout et tiré parti de tout ce qu'il a touché.
Son intelligence est pure ; cela veut dire qu'elle n'est pas sensualiste et que la définition de Locke ne lui est pas applicable. Loin que les idées lui entrent uniquement par les sens, il semble au contraire que les sens n'aient qu'un rôle mineur dans leur élaboration. Il les reçoit à l'état de boutures plus souvent qu'à l'état de graines : mais comme le terreau est excellent, elles reprennent, elles verdoient, elles fructifient. Il fait en ses mois d'août d'abondantes cueillaisons.
Je suppose que, moins influencé par la vie que par la pensée, il réfléchit plus volontiers sur une phrase que sur un fait, sur un aphorisme que sur une sensation. Il aime les syntaxes affirmatives ; les complexités lui plaisent non pour en débrouiller l'écheveau, mais pour en certifier l'essence. Les choses disent des paroles contradictoires ; il n'en retient qu'une et il la commente ; il est simplificateur, parce que les modes de son intelligence sont successifs. Cela lui permet de tenter des analyses dont le titre seul est un prodige, et d'écrire, par exemple, une « Psychologie du Mystère » très raisonnable, puisque tout y est ramené à l'unité du moi. Le besoin de comprendre explique de tels jeux, mais résoudre une question n'est pas la même chose que de traiter une question. Quand M. Maeterlinck a écrit sur la « Parole intérieure », il n'a fait qu'enrichir de quelques étoiles la nuit profonde où se meuvent nos âmes ; quand M. Mauclair a écrit sur le « Mystère », il a détruit par son affirmation le mystère lui-même. On voit la différence des deux esprits : l'un médite et l'autre conclut ; M. Maeterlinck creuse davantage le puits, M. Mauclair le comble. Lequel de ces travaux nous sera-t-il le plus profitable ? L'un ou l'autre, selon que nous aurons besoin de boire, ou selon que nous serons désaltérés.
Il faut beaucoup de subtilité et de magnifiques ressources logiques pour vaincre l'entêtement des mots, pour les agenouiller dans une posture humble, quand ils sont orgueilleux, gracieuse, quand ils sont laids. D'une telle lutte M. Mauclair sort toujours vainqueur, et on le vit forcer le symbolisme à ne plus être qu'un système d'allusions, un pont de lianes jeté au-dessus de rien pour relier l'abstrait au concret. Ce pont de lianes, c'est une des méthodes préférées de M. Mauclair dans sa dialectique ; il cherche toujours et réussit toujours à relier ensemble un mot connu et une signification inusitée ; mais le pont ne chevauche pas le néant ; il passe hardi et svelte au-dessus du fleuve des idées qui bouillonnent au fond du précipice. Penché sur le parapet, M. Mauclair regarde et songe.
Il songe que de la luxure qui est un péché, parce qu'elle est une diminution, on peut faire une vertu, peut-être une religion (ce qui serait moins neuf), ou, selon une courbure un peu forte des significations, un art : « Elle est l'ancienne joie de l'humanité et elle participe de l'art et de notre désir de ce qui est caché. » Ici, la jonction a lieu entre deux idées, l'idée de jouissance physique, presque impersonnelle à force d'être animale, d'être la nécessité qui recrée incessamment les races, et l'idée de jouissance intellectuelle, si noble qu'elle constitue à elle seule comme le signe d'une caste. M. Mauclair réussit parfaitement à réunir, pour le temps que durent ses pages d'écriture, ces deux antinomies, la femme debout dans ses voiles à la proue d'un vaisseau et la femme couchée nue dans une alcôve ; son analyse, qui procède par juxtaposition de termes, trouble les logiques coutumières ; on éprouve la fugitive sensation de coucher avec les madones de Raphaël ou avec les nymphes de Jean Goujon : sensation rare, mais peu désirable et peut-être glaciale. La dialectique du rêveur a joué victorieusement, quoique sans résultat définitif, sur ce que le mot luxure comporte de petites idées adventices toutes prêtes, semble-t-il, à s'emmêler aux cheveux de l'Antiope, mais le luxurieux, qui regarde froidement cette nudité peinte, n'est pas sûr « que la sensualité ait été mêlée à l'esthétique depuis les origines ». Les hommes, ceux du commun, ont-ils vraiment tort de se révolter contre la confusion des mots et de ne pas vouloir comprendre que « la luxure est si princièrement riche en songes qu'elle atteint à la pureté » ? Ils ont tort, mais seulement quand c'est M. Mauclair qui parle, car il faut se laisser convaincre par l'éloquence.
Quel charme en ses phrases et que ses périodes sont belles ! Si pour thème d'un discours il prend ce mot de M. André Gide : « J'appelle symbole tout ce qui paraît », nous sommes surpris, mais non déconcertés, car nous savons que de cette formule obscure M. Mauclair va tirer une suite de formules dont l'élégance, fatalement, clarifiera, jusqu'au blanc éclatant, la pensée douteuse qu'il a choisie pour ses expériences. Il faut que cela devienne lumineux ; il faut que nous soyons éblouis à fermer les paupières. La formule de M. Gide, qui n'est pas claire, n'est même pas expressive, en soi ; résumé d'une manière de sentir toute personnelle, il semble que sa vérité soit réduite à un mot, incommunicable à tout autre esprit. Elle est banale au degré où la vérité est banale ; riche des significations que son auteur seul peut lui donner ; pauvre, s'il la délaisse. Il paraîtrait donc que, simple manière de dire, elle fût particulièrement impropre à supporter un commentaire logique et surtout un commentaire précis. C'est un Sunt cogitationes rerum, qui tire toute sa valeur de la valeur même de l'intelligence qui le proféra.
Or, et voici où l'éloquence triomphe magnifiquement, M. Mauclair s'empare de cette formule sèche et rude, l'enveloppe dans les somptueux plis de son style opulent ; il drape, il ajuste, il ordonne, il dispose ; les longues étoffes deviennent tunique, robe et manteau ; le mannequin s'anime ; en vérité il sourit et on croit qu'il respire ; la créature est complète : on la voit, on l'admire, on l'aime. D'une phrase sombre toute une théorie du symbole vient de naître, qui s'épanouit dans sa richesse verbale. Peut-être qu'ensuite nous reviendrons à la phrase sombre précisément parce qu'elle est sombre, mais nous aurons joui, merveilleux intermède, de toutes les douceurs de la lumière.
M. Mauclair fait parfaitement comprendre la justesse de cette vieille métaphore, « la magie du style ». Son style est magique non par l'éclat des couleurs, ou par l'éclat des sonorités, mais pour la beauté de sa couleur unique et la pureté de son timbre. Il ressemblerait à ces rivières qui coulent avec une fluidité riche sur un fond de sable doré mêlé de cailloux dont la résistance se résout en une musique lente, profonde et continue. Si cela ne devait être totalement incompréhensible, je dirais que je perçois dans ce bruit des harmoniques métaphysiques, et, à la surface, la perpétuelle lueur des idées que charrie la rivière.
Quelle qu'en soit la cause, il y a un grand charme dans tous les écrits de M. Mauclair, qui sont déjà très variés et prouvent une fécondité exceptionnelle. Tout jeune encore, plus jeune même qu'on ne le supposerait raisonnablement, il se veut, non le mentor, sans doute, mais le frère aîné et le conseiller indulgent de la Jeunesse ; cette charge lui convient, mais il l'exercera mieux quand son intelligence, moins avide de toutes les idées, de toutes les fleurs, se tiendra plus volontiers dans la forteresse de la ruche. Mais n'est-il pas surprenant qu'il parle avec maîtrise, à l'âge où d'autres savent à peine écouter, et qu'on ne l'ait jamais connu écolier, et que son premier livre, Eleusis, soit aussi substantiel que l'Orient vierge, qui paraissait naguère ? Le secret de ce prestige et de cette autorité, je le trouve peut-être dans cet aveu : « Je me préoccupe de me donner tout entier à toute minute de ma vie... », et dans cet autre : « ... en m'offrant aux variations sensitives de la minute qui va venir... »
Rémy de Gourmont
05:50 Publié dans Polémique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
mardi, 16 octobre 2007
Le roi du monde
Dans la Revue comique à l'usage des gens sérieux, de novembre 1848, Hetzel-Parfait publie ce dialogue imaginaire entre l'Oncle et le neveu:
- Savez-vous mon neveu, pourquoi je suis ici? déclare l'ombre.
- Non, Sire, répond le maître du palais.
- Pour vous empêcher de faire une sottise, et de commettre un sacrilège. Ecoutez-moi bien. Vous réclamez mon héritage; mon héritage n'est à personne, pas même à cet enfant que voilà (...). La seule ambition qui convienne aux enfants des grands hommes est de se faire oublier.
L'homme assis devant la cheminée se réveille, il jette des regars effarés autour de lui (...). Puis se rassurant peu à peu, il murmure avec un sourire: Ce n'était qu'un cauchemar, je serai Empereur.
13:35 Publié dans Le roi du monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
mercredi, 10 octobre 2007
Second Life déclarée "terre de mission"
Le théorème d’incomplétude de Gödel démontre qu’un système axiomatique ne peut être à la fois cohérent et complet. Aucune vérité n’est donc intégralement formalisable. Par ce théorème, Gödel remet en question la croyance en une possible perfection d'un système axiomatique universel. On n’ignore ou on néglige cependant qu’en développant ce système généralisé du doute Gödel tente de traduire l’existence de réalités par-delà notre compréhension, nichées non pas dans les arrière-mondes de la conscience mais dans les méta-mondes de la logique. Gödel donne ainsi un fondement théorique à l'existence des démons, des anges et des extraterrestres. Il applique son théorème d'incomplétude au diable, soulignant que le mal échappe à toute axiomatique. Il pose les fondements de la théologie post-moderne.
Il y a quelques années, une communauté gödelienne de moines bouddhistes avait crée sur internet un cimetière électronique pour accueillir les âmes des défunts tamagotschis. Moyennant une modeste offrande, la communauté tournait son moulin à prière pour les âmes de nos petits compagnons électroniques. La très gödelienne revue jésuite, Cililtà cattolica, placée sous la juridiction de la secrétairie d’Etat du Saint-Siège, le régime du nihilil obstat, de l’imprimi potest et de l’imprimatur va plus loin en proposant d’évangéliser l’univers virtuel de Second life, cette autre vie accessible pour le prix d’un billet de cinéma et dans laquelle un humble vermisseau peut se transformer en un redoutable python. L’Eglise trouve ainsi l’occasion de se refaire en déclarant très officiellement la Terre numérique comme " terre de mission ". Ce projet fait l’objet d’une appréciation favorable du Vatican, prêt à relever le défi. Mgr Claudio Maria Celli a lui-même formulé cette appréciation enthousiaste : " En tant qu'Eglise, nous pensons qu'internet est un monde énorme où nous voulons être présents et où nous sommes déjà présents ". Cet appel à l'évangélisation des mondes parallèles est-elle le signe de leur incomplétude (c'est dans le creux des âmes que se niche la pensée de l'éternité) ou celle de la providentielle complétude de l'Eglise catholique, la seule en effet à vouloir être vraiment universelle? Ce qui est clair c'est en effet que notre monde incomplet est aussi insuffisant.
07:35 Publié dans Théologie politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
lundi, 08 octobre 2007
Outrage au sucre
Le raisonnement juridique a ceci d'exaltant que, tout en restant parfaitement cohérent, il peut être en même temps parfaitement délirant. Ce qu'illustre un arrêt de la Cour de cassation en date du 30 janvier 2007 et passé un peu inaperçu.
La société Orangina Scwheppes Holding avait diffusé sur les chaînes de télévision un spot publicitaire destiné à promouvoir la boisson originale light, boisson sans sucre. Dans cette publicité, censée donc mettre à l'honneur une boisson sans sucre, des personnages déguisés représentant le sucre se voyaient refuser l'entrée à l'intérieur d'une boîte de nuit.
Estimant cette publicité « gravement dénigrante à l'égard du sucre», l'Amicale des Betteraviers sous la forme d'un Centre d'études et de documentation du sucre (CEDUS) a saisi le juge des référés aux fins qu'il soit mis fin au trouble manifestement illicite qui résultait de la diffusion de cette publicité.
La Cour de cassation a justifié cette position en retenant qu'« à travers cette image il est porté une appréciation péjorative sur le produit « sucre» qui ne saurait être excusée par la forme humoristique du film (...) ; le message publicitaire contribue à la dégradation dans l'esprit des consommateurs de l'image du sucre qui se trouve de facto dénigré» .
Il convient de préciser que les sucres discriminés étaient blancs. En aurait-il été de même si les sucres avaient été bruns?
On peut en douter.
Quelques semaines plus tard, le Tribunal de grande instance de Paris, dans un jugement du 22 mars 2007, a prononcé la relaxe du directeur de la publication du journal Charlie Hebdo dans l'affaire des caricatures de Mahomet.
Les juges ont considéré que les dessins incriminés ne visaient pas les Musulmans en général ou l'Islam, mais seulement les fondamentalistes et les intégristes. Le Tribunal a voulu concilier le respect des croyances et la liberté d'expression. Et de nous ressortir le couplet sur la laïcité, la démocratie etc: qu'il soit interdit de représenter le prophète Mahomet constitue peut-être un précepte religieux pour les Musulmans, dont la violation serait blasphématoire, mais cela n'est en rien interdit par un Etat laïque qui ne peut se préoccuper de telles règles (à prononcer avec un ton grand-seigneur)?. Et de poursuivre sur la France, "société laïque et pluraliste" dans laquelle "le blasphème, qui outrage la divinité ou la religion, n'est pas réprimé.
Le jugement se termine sur des considérations sur le pluralisme, le respect de la liberté d'expression et la tolérance qui ferait fondre de rire un morceau de sucre noyé dans nos larmes de jubilation.
09:20 Publié dans Polémique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
dimanche, 07 octobre 2007
Parle, frappe, redresse!
Brutus est le nom de la résistance à la tyrannie. C'est le nom que prend Duplessis-Mornay quand il rédige son pamphlet monarchomaque, les Vindiciae contra tyrannos; c'est celui que prend la société secrète des opposants à la Fédération américaine en 1787 et c'est, bien entendu, celui du "fils" de César qui se rebelle contre le père tyrannique.
Shakespeare met, au moment de la résolution, ces mots admirables dans sa bouche:
Brutus, tu dors. Réveille-toi, et regarde toi!
Rome doit-elle, et caetera? Parle, frappe, redresse.
Brutus, tu dors; réveille-toi!
Souvent j'ai ramassé ce genre d'instigation
Semée sur mon passage.
Rome doit-elle, et caetera? Par quoi je dois compléter:
Rome doit-elle vivre sous la terreur d'un seul homme?
Quoi, Rome?
Mes ancêtres, loin des rues de Rome,
Chassèrent ce Tarquin qu'on appelait roi.
Parle, frappe, redresse. Voilà qu'on me supplie
De parler et frapper? O Rome, je t'en fais la promesse,
Si le redressement doit suivre, tu recevras
Pleine satisfaction de la main de Brutus.
Jules César, Acte II, Sc 1.
10:40 Publié dans Les nuits de Walpurgis | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
samedi, 06 octobre 2007
l'animalisme est un humanisme
Tocqueville n’a pas étendu aux animaux la sensibilité commune qu'il reconnaissait en partage aux duchesses et aux vilains. A mesure que l’ontologie humaine se rapproche de l’ontologie animale nous éprouvons que certains animaux ne sont pas aussi pauvres en monde que le soutenait Heidegger dans ses Concepts fondamentaux de la métaphysique. L’Eléphant, dit-on, comme le Chimpanzé, le Bonobos ou le Dauphin partagent un peu de l’humaine condition : ils sont capables de se contempler dans un miroir pour y reconnaître leur tremblant reflet. L’antispécisme est l’avenir de l’antiracisme. Les associations de bienfaisance ont de beaux jours devant elles si elles veulent bien subsituer à la défense des anciens damnés de la Terre celle de ses nouveaux esclaves qu’il nous faut affranchir.
21:25 Publié dans Chronique des arts et des artistes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
