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samedi, 22 septembre 2007

Pensées de George W. Bush

Quand j'étais jeune, c'était un monde dangereux et l'on savait exactement qui "ils" étaient. C'étaient nous contre eux, et il était clair qui étaient "eux". Aujourd'hui nous ne savons pas avec certitude qui "ils" sont, mais nous savons qu'ils sont là.

G.W. Bush, Band of Mercy's Days and Hours, (Recueil d'études presbytériennes, sous la direction du Pasteur Folley) Charleston, 2002. 

dimanche, 09 septembre 2007

Le détail qui tue

Assassin ou écrivain ? Les deux. La justice polonaise a tranché : Krystian Bala est bien l'auteur du meurtre qu'il décrit dans son polar. Dans son roman Amok, Bala raconte l'histoire d'un homme torturé avant d'être mis à mort par son ravisseur. L'auteur assure s'être inspiré d'un fait divers : le meurtre de Dariusz J., un homme d'affaires dont le cadavre mutilé fut repêché en décembre 2000 dans l'Oder à Wroclaw. Or son livre comportait d'étranges similitudes avec certains détails intimes du crime qui, ne figurant pas dans la presse, ne pouvaient être connus que des enquêteurs ou du meurtrier. Des détails "inventés", selon Krystian Bala. Les juges polonais en ont décidé autrement : l'écrivain-tueur a été condamné à vingt-cinq ans de prison pour l'assassinat de l'homme d'affaires – qui s'est avéré être un ami de son ex-femme. Mais cela, ce n'était pas dans le polar.

Claire Maupas, Le courrier international, 9 septembre 2007.

samedi, 08 septembre 2007

Comment trichent les démographes

La France est régulièrement le théâtre d'empoignades politiques violentes, chiffres contre chiffres, à propos de l'immigration. Cette situation est largement le résultat de l'obstination des services de l'État qui refusaient d'appliquer les définitions appropriées. Heureusement, la fin de cette cacophonie est en vue et c'est sans nul doute à Bruxelles que nous devrons cette « paix des chiffres ».
 
Un règlement européen relatif aux statistiques communautaires sur la migration a été adopté le 11 juillet dernier (CE-862-2007). En l'état, les statistiques sur les flux migratoires sont incomparables tant les définitions divergent. Ce règlement nous « pendait au nez ».
 
Que dit-il d'essentiel ? Il définit l'immigrant dans l'UE comme la personne physique qui y établit sa résidence habituelle pour une période atteignant ou supposée atteindre douze mois au moins. Cette définition, conforme aux recommandations des Nations unies, est celle que j'ai essayé de faire entrer dans les moeurs françaises depuis près de vingt ans et qu'il était possible de mettre en oeuvre dès le milieu des années 1990 à partir du fichier du ministère de l'Intérieur (AGDREF).
 
Xavier Thierry, chercheur à l'Ined, a pris la relève et élaboré une série statistique pour les années 1993-2005 conforme à cette définition. Il a aussi complété ses évaluations par une estimation des flux de mineurs qui ne sont pas astreints à un titre de séjour (sauf pour travailler dès 16 ans). Dès 2005, il a dû ajouter l'estimation des migrants en provenance d'un autre pays de l'UE qui ne sont plus soumis à l'obligation du titre de séjour. Ce travail est aujourd'hui ignoré. On préfère communiquer sur les soldes migratoires dont l'estimation relève de l'acrobatie. Il suffit de feuilleter quelques annuaires d'Eurostat pour constater qu'en France le ridicule ne tue pas.
 
Le Haut Conseil à l'intégration (HCI) n'a pas été ce lieu d'unification de la production statistique souhaité par ses concepteurs. Son groupe statistique (dont j'ai fait partie jusqu'en 1996) a refusé l'alignement de la France sur les consignes des Nations unies, qui sont aujourd'hui celles de l'Europe. C'est le refus de coopérer de membres institutionnels de poids qui a conduit Anicet Le Pors, alors président, à en suspendre les travaux en 1996. Les premiers tableaux tirés du fichier AGDREF indiquaient un niveau de flux bien supérieur à celui auquel nous étions habitués. Anicet Le Pors était prêt à sauter le pas, mais cela n'a pas suffi.
 
En 1999, le groupe statistique reprenait du service sous la présidence de Patrick Weil. Les Nations unies venaient d'actualiser leurs recommandations sur les migrations internationales (1998). L'Ined et l'Insee avaient remis un rapport sur le dispositif statistique du ministère de l'Intérieur (Neyret, Thierry, Tribalat, 1998) allant dans le même sens. Pourtant, Patrick Weil décidait de ne procéder à aucun ajustement de la définition. On a donc continué à rabouter des données provenant de divers organismes, comme on le faisait avant faute de mieux, pour obtenir un chiffre d'étrangers entrant pour un séjour dit « à vocation permanente », le tri s'opérant à partir des procédures. J'étais alors membre du HCI (1999-2000), dans lequel cette question n'a jamais été abordée avant la présentation du rapport de Patrick Weil, que les membres du HCI n'ont pas été autorisés à modifier. Mes réactions à ce rapport m'ont valu une sorte de conseil de discipline au HCI et une lettre circulaire du directeur de l'Ined me menaçant d'un blâme. Patrick Weil ne voulait pas appliquer les résolutions des Nations unies et était persuadé que la Commission européenne prendrait une orientation différente.
 
Blandine Kriegel, la nouvelle présidente du HCI nommée en 2002, s'en est tenue à la décision majoritaire du groupe statistique, y compris après avoir eu connaissance du projet de règlement européen et alors même que le HCI avait été désigné par le gouvernement comme interlocuteur de l'Europe sur ces questions. L'Observatoire des statistiques de l'immigration et de l'intégration (OSII), nouvellement créé, n'a pas été capable de saisir l'opportunité de cette montée en puissance du groupe statistique pour « changer de pied ». Il faut dire que le seuil des 200 000 entrées, selon la définition conforme au règlement européen qui vient d'être voté, était franchi en 2002.
 
Au début de l'année 2004, Xavier Thierry a suscité une initiative commune Ined-Insee visant à convaincre le HCI d'opérer cette transformation. Une note - corrigée en dernière minute par l'Insee, après que le directeur de l'Ined lui eut accordé le dernier mot, où l'essentiel des accommodements à négocier avait disparu - a été défendue par Xavier Thierry seul, qui en a alors tiré les conséquences en démissionnant du groupe statistique. Le directeur de l'Ined a lui-même remplacé, au pied levé, ce chercheur à la nuque un peu trop raide.
 
En 2005, le CNIS consacrait une séance à cette question, décidant qu'il était urgent d'attendre, en dépit des arguments de chercheurs de l'Ined (dont j'étais), mais avec l'aval du directeur de l'Ined (qui s'était fait représenter). Aujourd'hui, nous sommes au pied du mur et je suis assez curieuse de voir comment la statistique publique va voler au secours de la victoire, contrainte désormais d'appliquer le règlement européen contre lequel elle a tellement bataillé.

Michèle Tribalat, Le Figaro, 6 septembre 2007.

mercredi, 05 septembre 2007

M. de Morès

Il fut le type de l'homme d'action pur et simple, celui qui agit toujours sans jamais savoir pourquoi. De toutes ses entreprises, la plupart commerciales, aucune n'aboutit, car il n'avait pas l'esprit de suite et de patience; c'était, comme disait Fourier, un commenceur: à peine en selle, il sentait le besoin de changer de cheval. Son expédition malheureuse dans les sables lui a donné l'allure d'un héros. Ce n'est pas le moment de contredire l'opinion populaire, et demain il sera trop tard de le faire, car sa gloire, née d'un accident, sera sans doute assez fugitive. On le traite en Gordon: ce fut peut-être son ambition, mais ce ne fut qu'une ambition. Pourtant sa statue n'aura jamais des airs de sergent Bobillot: en un temps où les aventuries eux-mêmes sont gradés, et n'arrivent qu'à l'ancienneté, Morès eut la beauté d'être exceptionnel.

Rémy de Gourmont, Epilogues, Août 1896.

lundi, 03 septembre 2007

Band of Mercy

Des militants de la cause animale annoncent avoir contaminé des solutions pour lentilles

LE MONDE | 03.09.07 | 15h55 • Mis à jour le 03.09.07 | 15h55 LONDRES CORRESPONDANT

Ils sont intransigeants, déterminés, et recourent parfois à la violence. Ils pratiquent le chantage, le harcèlement ou l'intimidation. Ils aiment se faire photographier, cagoulés, en compagnie, par exemple, d'un groupe de chiens arrachés à leurs "tortionnaires". Ils sont, bien évidemment, végétariens, ou mieux, stricts adeptes du végétalisme (qui refusent de consommer tout produit d'origine animale, même le lait ou le miel).

Les défenseurs des droits des animaux font régulièrement parler d'eux en Grande-Bretagne lors d'opérations illégales qui ont plutôt nui à leur cause. Leur dernier coup d'éclat a été rendu public vendredi 31 août par le parquet de Paris et, à Londres, par la police britannique. Il vise le groupe pharmaceutique suisse Novartis.

Des activistes français liés au mouvement britannique ont revendiqué la contamination de 85 flacons de la solution d'entretien pour lentilles Solo-Care Aqua de Ciba Vision. Cette dernière compagnie appartient à Novartis. Selon un communiqué publié sur le site du magazine américain Bite Back, les flacons ont été infectés partout en France avec du peroxyde d'hydrogène (eau oxygénée), dans des magasins aux enseignes dûment précisées. Sur le même site, un deuxième communiqué revendique la contamination, dans le nord de l'Angleterre, de plus de 250 tubes et bouteilles de Savlon, une solution antiseptique produite par Novartis.

Rien n'est venu confirmer la réalité de cette double revendication. Des centaines de milliers d'unités des produits visés ont été retirées de la vente. Les polices française et britannique ont ouvert des enquêtes.

Dans leurs communiqués, les activistes expliquent : "Nous ne voulons tuer aucun être vivant. Mais les gens doivent ressentir la douleur des animaux qui sont tués par Novartis au Huntingdon Life Science (HLS)". A travers Novartis, la campagne des défenseurs des animaux vise, une nouvelle fois, leur cible favorite, le HLS. Situé près de Cambridge, c'est le plus grand laboratoire de recherche privé d'Europe. On y pratique des tests sur les animaux. Le HLS travaille, entre autres, avec Novartis.

Au royaume des "amis des bêtes" et des végétariens, l'existence d'un mouvement favorable au "bien-être des animaux" n'a rien de surprenant. La toute première association au monde dévouée à cette cause fut fondée en Grande-Bretagne en 1824. Dans les années 1990, les groupes de défense des animaux se sont convertis à l'action violente. Le premier militant acharné contre la vivisection, Barry Horne, est mort en prison en 2001. Il avait perpétré une série d'attentats contre des magasins et des pharmacies.

En 2001, trois militants antivivisection avaient attaqué à coups de batte de base-ball le directeur général du HLS, Brian Cass. En mars dernier, trois activistes ont été condamnés à la prison pour avoir intimidé des employés du laboratoire. Les membres du Front de libération animale (ALF), qui regroupe plusieurs associations aux noms changeants, n'ont jamais tué personne. Mais un bébé a été grièvement blessé en 1993 lors d'un de leurs attentats manqués à la voiture piégée.

La police a classé l'ALF sur la liste des groupes "terroristes". En 2004, l'un de ces activistes, Jon Ablewhite, avait suscité l'indignation générale en profanant la tombe de la belle-mère d'un éleveur de cobayes. Le corps de cette morte n'a jamais été retrouvé et l'auteur du crime a été condamné à douze ans de prison.

Les laboratoires britanniques pratiquent près de 3 millions de "procédures" expérimentales par an. Un tiers de ces tests concernent des animaux génétiquement modifiés. 84 % des animaux testés sont des souris, rats et autres petits rongeurs. La législation britannique est considérée comme la plus "protectrice" au monde à l'égard des animaux. Sur quelque 3 000 expériences en cours, une cinquantaine sont susceptibles de leur infliger des souffrances.

Jean-Pierre Langellier

 

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